J'avais déjà remarqué, surtout dans les articles concernant la Moselle-est, c'est-à-dire Forbach et ses environs, un certain laxisme orthographique de la part des journalistes du Républicain Lorrain. Mais je serrais les dents, chaque fois que je tombais sur un "é" au lieu d'un "er" (ce qui n'est déjà pas normal de la part d'amateurs, mais carrément inacceptable pour des professionnels!), chaque fois qu'un germanisme hideux percutait ma rétine pour me hanter pendant des jours et des nuits. Non, je ne disais rien, jamais. Etait-ce une erreur de ma part? Sans doute! Car dans une France où les gens frôlent parfois l'illettrisme le plus total, où l'orthographe devient une notion vague, dérisoire, approximative, d'un autre temps, même, hélas, comment des gens qui savent, des gens supposés maîtriser pleinement l'art capricieux et précis de l'écriture n'en font pas usage; pire, pourquoi participent-ils à cette destruction de leur propre univers?
Doit-on y lire une volonté décadente de se retrouver, nivelés par le bas, borgnes au royaume des aveugles, n'écrivant qu'à peu près ce que les gens ne savent plus écrire du tout? J'espère que ceci relève seulement d'une idée de l'esprit, que ce n'est qu'hypothèse insignifiante et inconcevable. Mais je pense qu'il est temps d'en venir au fait.
Voyez mon titre. Apparemment, il n'a aucun sens. Mais pourtant, vous y reconnaîtrez, en le lisant à voix haute: "Oyez, braves gens!". Eh bien non, ça ne marche pas comme ça, voyez vous; des mots à la même sonorités mais à l'orthographe différente ont aussi un sens différent. On pourra résumer que la lettre même, la lettre comme signe de base et non comme texte entier, crée par sa présence seule un fossé sémantique. Ce que j'explique ici, c'est que "volet" n'est pas la même chose que "voler", pas plus que "oyé" n'est la même chose que "oyez". "Oyé" serait éventuellement une forme de participe passé d'un verbe "Oyer"... Mais il se trouve malheureusement que ce verbe n'existe pas! "Oyez" est la forme à l'impératif, seconde personne du pluriel, du verbe "ouïr". C'est une sorte de synonyme d'"écoutez". Ceci étant dit, relisez le Républicain Lorrain d'aujourd'hui, le 21 août 2005, page 3, en bas à gauche. La personne qui a écrit cet article a bien fait de ne pas signer. Dites-lui de se couvrir la tête de cendres et de faire trois tours du pâté de maison, pieds nus.
Dans la même lignée, dans cet article, on trouve: "des tentes médiévales de couleur vive" (Il serait étonnant qu'il n'y ait qu'une seule couleur), "les musiciens jouent des instruments" (non, ils jouent d'instruments: c'est un germanisme: on ne dit pas "jouer le piano" mais bien "jouer du piano"), "cuisine médiévale du 18e siècle" (comment? L'époque médiévale va de 476 à 1492: pas de XVIIIe siècle là dedans. Ah oui, et on écrit bien XVIIIe, pas 18e.) "ce campement, est ouvert au public vers 12h, pouvant voir à l'oeuvre les animateurs" (Vous n'aimez pas cette phrase, je crois. Pourquoi cette virgule? A qui s'adresse le participe présent "pouvant?": en définitive: mais qu'est-ce que c'est que cette chose? Ce n'est même pas français, ce n'est même pas un germanisme, c'est du charabia dépourvu de queue, ainsi que de tête.) et enfin, une petite maladresse stylistique, pour terminer: "En cas de pluie, espérons que ce ne sera pas le cas" (répétition fort disgrâcieuse du mot "cas".)
J'espère ne pas être le seul lecteur critique de votre journal; réjouissez vous, journalistes: vous n'avez pas qu'une masse de beaufs incultes à divertir, vous pouvez vous lâcher.
P.S: Philippe Waucampt écrit très bien, je le félicite: je remarque immédiatement lorsque que quelqu'un d'autre écrit les "commentaires" de la première page.
P.P.S: comprenez, s'il vous plaît, l'humour de ma lettre ci-dessus. Dans la rue, on dirait, en s'adressant au journaliste: "pleure pas!"