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Chostakovitch

Chostakovich.

Mon langage évolue. Ainsi, il y a peu encore, j'étais un fervent défenseur de la tonalité, un romantique récalcitrant, voire un réactionnaire borné ne comprenant pas en quoi la chute du système tonal constituait une évolution.
J'ai dû jouer, lors d'un concours en septembre 2006, la première sonate de Chostakovitch. Le morceau est d'une difficulté technique considérable, ce qui, en fait, n'est rien comparé au travail qu'implique sa mémorisation. Ceci provient de son langage.
Dans la musique tonale, il est possible de simplifier mentalement des pages entières de musique, de les réduire à une harmonie et à quelques lignes majeures. Dans la musique atonale, l'harmonie n'est pas vraiment simplifiable, et il en résulte que chaque ligne devient majeure (du point de vue de la mémoire, pas musicalement, évidemment.)
J'ai, au cours des derniers mois, entretenu un contact de plus en plus étroit avec Samy Moussa, un jeune compositeur canadien, qui m'a en partie ouvert les yeux sur le monde complexe de la musique du XXe siècle.
Après un concours raté en Italie, j'ai décidé de retravailler la sonate de Chostakovitch... Qui est devenue mon fer de lance.
Voici le 1er mouvement, mal filmé, et, à vrai dire, pas très bien joué (je l'ai beaucoup travaillé entre temps). Cela donne une idée... Je sais, cela va en rebuter certains au départ. Mais faites moi confiance: réécoutez. Essayez de comprendre. Cette violence n'est pas gratuite. Elle est le témoin d'un temps à la fois révolu et plus présent que jamais. Ecoutez ces hurlements de machines, ces accords broyés sous les poings d'acier de l'artiste, cette fébrilité, cette folie déchaînée et inarrêtable qui crisse, geint et résonne de longues minutes durant, ces voix hallucinées qui se déchirent et se choquent constamment...

L'émotion est là: elle n'est pas évidente, elle n'est pas claire, mais son implicite ne fait que l'amplifier une fois qu'on la saisit.
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# Posté le mercredi 05 décembre 2007 05:30
Modifié le mercredi 05 décembre 2007 05:45

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